Le Serpent Arc-en-ciel : histoire et sens dans l'art aborigène

Serpent créateur surgi des profondeurs de la terre et de l'eau, il aurait sculpté les fleuves, les gorges et les points d'eau du continent australien au commencement des temps. Le Serpent Arc-en-ciel est l'une des figures les plus anciennes et les plus vénérées de la spiritualité aborigène et l'un des motifs les plus représentés de son art, des plus anciennes peintures rupestres aux toiles contemporaines. Voici son histoire, ses multiples visages, et la place qu'il occupe dans la peinture aborigène.

Un être créateur du Temps du Rêve

Le Serpent Arc-en-ciel appartient au Temps du Rêve, cette dimension fondatrice où les Ancêtres ont façonné le monde et institué les lois. Selon les récits, le Serpent s'est déplacé à travers un paysage encore informe : par ses ondulations, il a creusé le lit des rivières, dressé les reliefs et fait jaillir les sources. Là où il repose, dans les trous d'eau permanents, il veille encore.

Sa nature est profondément liée à l'eau: la pluie, les cours d'eau, et l'arc-en-ciel lui-même, ce pont coloré qui relie les points d'eau après l'orage et lui a donné son nom. Il incarne la fertilité et la force vitale : c'est lui qui apporte la mousson et régénère la terre. Mais sa puissance est ambivalente. Gardien des lois, il peut aussi punir : celui qui transgresse un interdit ou trouble ses eaux sacrées s'expose à sa colère — inondations, noyade, sécheresse. Cette dualité, donner la vie et la reprendre, fait de lui l'un des êtres les plus puissants du panthéon aborigène.‍ ‍

Un serpent aux mille noms‍ ‍

Il n'existe pas un mais des Serpents Arc-en-ciel : chaque peuple, chaque langue possède le sien, avec son nom et ses récits propres. Cette diversité témoigne de l'étendue de cette croyance sur tout le continent. Parmi les figures les plus connues :

  • Ngalyod, en Terre d'Arnhem occidentale (peuple Kunwinjku) ;

  • Yingarna, la « mère » créatrice d'Arnhem, dont Ngalyod est parfois dit le fils ;

  • Wagyl (ou Waugal), chez les Noongar du sud-ouest australien ;

  • Wanampi, le serpent d'eau des déserts de l'ouest et des APY Lands ;

  • Kunmanggur, chez les Murinbata du Territoire du Nord.

Selon les traditions, le Serpent est tantôt masculin, tantôt féminin, parfois les deux. Les orthographes varient d'une source à l'autre, et ces récits demeurent la propriété des communautés qui en sont les gardiennes — nous n'en évoquons ici que la dimension publiquement partagée.

Serpent Arc-en-ciel peint sur écorce, Terre d'Arnhem, style aux rayons X

Peinture sur écorce d'Arnhem représentant le Serpent

L'une des plus anciennes traditions du monde

Le Serpent Arc-en-ciel n'est pas seulement un mythe : c'est le fil d'une tradition religieuse d'une continuité exceptionnelle. En Terre d'Arnhem, des représentations rupestres du Serpent comptent parmi les plus anciennes images religieuses connues au monde, certaines estimées à plusieurs milliers d'années. Des chercheurs ont même rapproché ces images anciennes de bouleversements climatiques — la montée des eaux à la fin de la dernière période glaciaire — qui auraient marqué l'imaginaire des premiers Australiens.

De l'art rupestre aux peintures sur écorce, puis aux acryliques sur toile, le motif n'a jamais cessé d'être peint. Cette permanence, sur des dizaines de milliers d'années, illustre ce qui rend l'art aborigène unique : la transmission ininterrompue d'un même récit fondateur, réactivé par chaque génération d'artistes.

Le Serpent Arc-en-ciel dans l'art aborigène ‍

Le Serpent est l'un des sujets phares de la peinture du Top End. En Terre d'Arnhem, on le retrouve sur les peintures sur écorce, traité dans le style dit « aux rayons X » (qui révèle la structure interne des êtres) et rehaussé du fin quadrillage du rarrk, les hachures croisées caractéristiques de la région. Sa silhouette y est souvent composite, empruntant des traits à plusieurs animaux : tête allongée, corps sinueux couvert d'écailles, parfois orné d'éléments végétaux.

Pour saisir la logique de ces œuvres — où chaque motif raconte un lieu et un récit — nos guides sur les symboles de l'art aborigène et sur la manière de lire une peinture aborigène offrent des clés utiles. Le Serpent figure aussi en bonne place parmi les animaux de l'art aborigène, aux côtés du kangourou, de l'émeu ou de la tortue — chacun porteur de son propre Rêve. Sa présence varie fortement selon les régions, ce qui en fait un excellent repère pour distinguer les styles.

Serpent, eau et Rêve dans l'art du désert

Dans le désert central et occidental, le Serpent Arc-en-ciel tel qu'on le connaît en Arnhem cède la place à des récits cousins, où l'eau reste centrale. On y rencontre Wanampi, le serpent d'eau qui habite les points d'eau sacrés, et surtout les Rêves de l'Eau (Ngapa Jukurrpa) — ces récits qui célèbrent la pluie et les sources dans une terre aride. Des maîtres du désert comme Ronnie Tjampitjinpa ont peint ces Rêves de l'Eau, transposant en cercles concentriques et lignes ondulantes la mémoire des orages et des chemins de l'eau.

C'est tout l'intérêt de suivre un même thème — le serpent, l'eau, la création — d'une région à l'autre : il révèle à la fois l'unité spirituelle de l'art aborigène et l'extraordinaire diversité de ses expressions.

Water Dreaming, récit aborigène de l'eau, collection Inma Galerie

Œuvre « Water Dreaming » du désert (collection Inma)

Découvrir les récits du Rêve chez Inma Galerie

Si le Serpent Arc-en-ciel d'Arnhem relève d'une tradition distincte, les récits de l'eau et de la création irriguent aussi l'art du désert que nous présentons. Vous pouvez ainsi découvrir dans notre collection un Water Dreaming de Ronnie Tjampitjinpa, pionnier de Papunya — ou parcourir l'ensemble de nos peintures aborigènes pour trouver l'œuvre dont le récit vous parle. ‍

Chaque œuvre est accompagnée d'un certificat d'authenticité retraçant sa provenance et provient de centres d'art reconnus, signataires de l'Indigenous Art Code — gage d'une acquisition éthique et d'une juste reconnaissance des artistes. Une question sur un récit, un motif ou un artiste ? Écrivez-nous à info@inmagalerie.com : nous partagerons avec plaisir l'histoire qui habite chaque toile.

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