Emily Kame Kngwarreye : l'artiste aborigène qui a bouleversé l'histoire de l'art contemporain

Par les experts d'Inma Galerie — Portrait de la figure majeure de l'art d'Utopia

Emily Kame Kngwarreye artiste aborigène Utopia peinture désert australien

Emily Kame Kngwarreye à Utopia, Territoire du Nord. Elle a commencé à peindre à plus de 70 ans, et a produit en huit ans une œuvre qui a changé la perception mondiale de l'art aborigène et de l'art contemporain australien.

Elle avait plus de soixante-dix ans quand elle a tenu un pinceau pour la première fois. En huit ans, elle a produit près de 3 000 toiles. En 2025, la Tate Modern de Londres lui a consacré la plus grande rétrospective jamais organisée en Europe pour un artiste australien. Emily Kame Kngwarreye — née vers 1910 à Alhalkere, au cœur du désert australien, morte le 2 septembre 1996 à Utopia — est aujourd'hui comparée à Monet, à Rothko, à Pollock. Pas par métaphore facile, mais par la force réelle d'une œuvre qui a su traduire cinquante millénaires de culture Anmatyerre en une peinture d'une modernité absolue. Comprendre Emily Kame Kngwarreye, c'est comprendre pourquoi l'art aborigène n'est pas une catégorie à part dans l'histoire de l'art mondial — c'est l'un de ses chapitres les plus importants.

1. Alhalkere : un pays, une femme, un destin

Née dans le désert, gardienne d'un savoir millénaire

Emily Kame Kngwarreye naît vers 1910 — la date exacte reste incertaine, comme souvent pour les Aborigènes de sa génération — à Alhalkere, dans la région d'Utopia, à environ 230 kilomètres au nord-est d'Alice Springs dans le Territoire du Nord. Elle est une femme Anmatyerre, issue d'une communauté dont les liens avec ce territoire remontent à des dizaines de milliers d'années.

Son prénom tribal, Kame, désigne les graines de la plante munyerro — une igname du désert dont les fleurs jaunes émaillent le sol après les pluies. Ce n'est pas un détail anecdotique : ce nom est un programme. L'igname est le motif central de son œuvre entière, le fil conducteur qui relie sa première toile à sa dernière, le pont entre sa vie de cérémonie et sa vie de peintre.

Avant de prendre un pinceau, Emily Kame Kngwarreye a été, pendant des décennies, une gardienne cérémonielle de premier plan. Elle était responsable de l'Awelye — les cérémonies féminines de la communauté Anmatyerre, dans lesquelles les femmes peignent leurs corps de motifs ancestraux pour honorer le pays, invoquer la pluie, célébrer la fertilité de la terre. Ces motifs — lignes parallèles, pointillés serrés, tracés corporels — sont exactement ceux qu'on retrouve, amplifiés à l'échelle de grandes toiles, dans ses peintures sur canvas. Elle n'a pas inventé un style. Elle a transféré sur toile un langage qu'elle pratiquait depuis l'enfance.

Utopia Territoire du Nord Australie paysage désert central igname art aborigène

Le pays d'Utopia après les pluies de mousson. L'igname — Anooralya en langue Anmatyerre — est le motif totémique central d'Emily Kame Kngwarreye. Son prénom tribal, Kame, désigne les graines de cette plante nourricière sacrée.

Utopia : une région, une révolution

La région d'Utopia n'a pas toujours été ce qu'elle est devenue dans l'histoire de l'art. Son nom est colonial — les Anmatyerre et les Alyawarr qui l'habitent ne l'ont jamais appelée ainsi. Dans les années 1920, des éleveurs européens ont occupé ces terres, rebaptisé le territoire et contraint ses habitants à travailler dans leurs stations pastorales. Emily Kame Kngwarreye a connu cette période. Elle a travaillé comme main-d'œuvre dans les propriétés pastorales. Elle s'est mariée deux fois — un premier mariage arrangé, puis, dit-elle, "un mariage d'amour". Elle a traversé le vingtième siècle australien dans toute sa brutalité coloniale et dans toute sa résistance culturelle.

En 1976, les droits fonciers sont accordés dans le Territoire du Nord. Emily quitte la propriété pastorale. En 1979, elle et d'autres femmes de la communauté organisent une cérémonie Awelye avant une audience du tribunal des revendications territoriales — démontrant que l'art est une preuve de lien au pays. Les peuples Anmatyerre et Alyawarr obtiennent le droit de propriété sur Utopia en vertu de la loi de 1976 sur les droits territoriaux. Pour comprendre comment ce contexte politique irrigue l'art de toute la région, notre article sur les femmes aborigènes gardiennes du Rêve éclaire ces dimensions →

2. Le batik, la toile, et la révélation tardive

1977 : le batik comme première écriture

C'est en 1977 qu'Emily Kame Kngwarreye commence à travailler le batik, dans le cadre de cours pour adultes organisés dans la communauté d'Utopia. Elle est parmi les membres fondatrices du Utopia Women's Batik Group, créé en 1978. Pendant onze ans, elle pratique cette technique — cire résistante sur tissu de coton ou de soie — avec une maîtrise croissante. Ses premiers batiks sont abstraits, organisés autour de motifs de points répétés qui agissent tantôt comme un tracé linéaire, tantôt comme un remplissage de l'espace. En 1988, les 88 batiks de soie du groupe sont acquis en bloc par la collection Holmes à Court à Perth — un acte de reconnaissance institutionnelle majeur pour la communauté.

batik Emily Kame Kngwarreye Utopia Women's Batik Group art aborigène 1980

Batik de soie d'Emily Kame Kngwarreye, circa 1980-1988. Pendant onze ans avant de prendre le pinceau, elle a exploré le batik comme premier support de son vocabulaire visuel — les mêmes motifs d'Awelye qu'elle porterait ensuite sur la toile.

1988 : la révélation de l'acrylique

En 1988-1989, la boutique CAAMA (Central Australian Aboriginal Media Association) initie un projet pour présenter le groupe Utopia Women's Batik à la peinture sur toile acrylique. Des peintures et des fournitures sont livrées à la communauté. Deux semaines plus tard, les curateurs reviennent et trouvent des compositions "abstraites et richement expressives". Parmi les 81 œuvres réalisées, celle d'Emily Kame Kngwarreye — Emu Woman, sa toute première toile — attire immédiatement l'attention. Elle a environ 78 ans.

Ce premier contact avec l'acrylique produit quelque chose d'immédiatement exceptionnel. Là où le style Papunya, codifié depuis 1971 autour de Geoffrey Bardon, repose sur des points de taille similaire soigneusement placés les uns à côté des autres dans des motifs distincts, Emily Kame Kngwarreye crée d'emblée son propre langage. Ses premiers points sont superposés, de tailles et de couleurs variées, dans une liberté formelle qui n'appartient qu'à elle. Pour comprendre comment ce style se distingue de celui de Papunya, notre comparatif Papunya, Utopia, APY Lands : quel style choisir ? donne les repères essentiels →

En 1989-1990, le groupe produit pour la saison australienne des ventes un chiffre d'affaires de plus d'un million de dollars australiens. Emily Kame Kngwarreye et Louie Pwerle sont les premières récipiendaires du projet Artistes en résidence CAAMA/Utopia financé par la Fondation Robert Holmes à Court. La même année, Emily reçoit une bourse de création d'artistes australiens du Premier ministre Paul Keating — la première fois qu'un artiste autochtone reçoit ce prix prestigieux.

3. L'œuvre : huit ans, 3 000 toiles, cinq styles

Une carrière en accélération

En huit ans — de 1988 à sa mort en 1996 — Emily Kame Kngwarreye produit une œuvre d'une densité et d'une diversité stylistique qui laisse les spécialistes sans comparaison. Près de 3 000 toiles, soit une par jour en moyenne. Chaque période ouvre un territoire formel nouveau, comme si le temps manquait et qu'il fallait tout explorer avant la fin.

Période des points (1989-1991). Les premières toiles d'Emily Kame Kngwarreye prolongent directement les motifs d'Awelye — les peintures corporelles cérémonielles des femmes Anmatyerre. Chaque point est un geste rituel transposé sur canvas.

Les cinq périodes stylistiques

Période 1 — Les points (1989-1991). Fidèle aux motifs de l'Awelye, Emily Kame Kngwarreye couvre ses premières toiles de points serrés, superposés, de tailles et de couleurs variées. La composition évoque le foisonnement de la végétation — des graines, des fleurs, des racines vues d'en haut. Ces toiles sont les plus directement ancrées dans la tradition cérémonielle.

Période 2 — Les lignes (1992). En 1992, elle commence à relier les points en lignes, avec des bandes horizontales et verticales parallèles représentant les rivières et le terrain du pays d'Alhalkere. Elle utilise des pinceaux plus gros. La composition devient plus fluide, plus gestuelle. Les couleurs restent vives, mais l'organisation change.

Période 3 — Les grands motifs colorés (1992-1994). Cette période produit certaines de ses toiles les plus recherchées. Des motifs floraux et végétaux abstraits, organisés en masses de couleur qui semblent littéralement éclore sur la toile. Earth's Creation (1994) appartient à cette période — une œuvre de 6,32 mètres sur 2,75 mètres, quatre panneaux, une explosion de jaune, vert, rouge et bleu qui a établi le record de vente aux enchères pour l'art aborigène en 2007.

Période 4 — Les aplats (1994-1995). Emily Kame Kngwarreye simplifie encore. Elle abandonne progressivement le pointillisme au profit de larges aplats de couleur, de coups de pinceau amples et expressifs. Cette évolution vers l'abstraction pure la rapproche formellement des expressionnistes abstraits américains — sans qu'elle en ait jamais vu une seule toile.

Période 5 — La série finale (1996). Les dernières œuvres sont souvent décrites comme ses plus dépouillées et peut-être les plus bouleversantes. De larges bandes de couleurs pures, posées avec une économie de moyens radicale. Comme si, à l'approche de la mort, elle revenait à l'essentiel — la couleur, le pays, le geste.

Earth's Creation I, 1994. Quatre panneaux, 275 × 160 cm chacun. Vendue 1 056 000 dollars australiens en 2007 — record pour une artiste australienne à l'époque — puis 2,1 millions de dollars australiens en 2017. Sélectionnée par Okwui Enwezor pour la Biennale de Venise 2015.

4. Alhalkere, l'Awelye et l'igname : décoder l'œuvre

Ce que "Kame" veut dire dans chaque toile

Pour comprendre une toile d'Emily Kame Kngwarreye, il faut comprendre ce qu'Alhalkere représente pour elle. Ce n'est pas un lieu géographique. C'est son Dreaming — sa loi, sa source d'identité, sa responsabilité. Peindre Alhalkere, c'est accomplir un acte de maintenance du monde : maintenir le pays vivant en le rendant visible, honorer les ancêtres qui ont façonné ce territoire, transmettre aux générations suivantes la connaissance de ce qui existe.

L'igname — Anooralya en Anmatyerre — est au centre de cet univers. C'est une plante nourricière, une plante médicinale, un motif totémique dont les fleurs s'appellent Kame — le nom tribal d'Emily. Représenter l'igname, c'est se représenter soi-même, représenter sa lignée, représenter la relation entre les femmes Anmatyerre et leur pays. Les fleurs, les racines, les graines — chaque élément de la plante correspond à une dimension du Tjukurpa, le Temps du Rêve qui organise toute la culture Anmatyerre →

détail peinture Emily Kame Kngwarreye igname Anooralya motif Awelye Utopia

Détail d'une toile d'Emily Kame Kngwarreye. Les lignes courbes évoquent les racines de l'igname (Anooralya) se déployant sous le sol. Les points jaunes figurent les fleurs de Kame — le nom tribal de l'artiste. Chaque toile est une autobiographie du pays.

L'Awelye : des corps aux toiles

Le concept d'Awelye est central pour comprendre pourquoi Emily Kame Kngwarreye n'est pas une artiste "autodidacte" dans le sens occidental du terme. Elle a passé des décennies à apprendre et à pratiquer les motifs cérémoniels que les femmes Anmatyerre peignent sur leurs corps lors des cérémonies rituelles. Ces motifs — transmis de génération en génération, codifiés par des obligations culturelles précises — sont sa formation artistique. Quand elle a pris le pinceau à 78 ans, elle n'a pas commencé. Elle a continué.

Cette compréhension change radicalement la lecture de ses toiles. Ce que l'œil occidental perçoit comme une abstraction libre, presque spontanée, est en réalité une tradition millénaire transposée sur un nouveau support. La liberté formelle de ses peintures n'est pas de l'improvisation — c'est la liberté de quelqu'un qui maîtrise si parfaitement un système qu'il peut en jouer. Pour approfondir ce vocabulaire visuel, notre guide Lire les symboles de l'art aborigène offre les clés de lecture essentielles →

5. La reconnaissance mondiale : de Utopia à la Tate Modern

Une ascension fulgurante

La trajectoire institutionnelle d'Emily Kame Kngwarreye est sans précédent dans l'histoire de l'art australien. En 1992, elle reçoit la bourse Australian Artists Creative Fellowship du Premier ministre Paul Keating — la première artiste autochtone à recevoir cet honneur. La même année, ses œuvres voyagent en Russie pour "Aboriginal Paintings from the Desert". En 1990, elle expose à l'Institute of Contemporary Art de Perth aux côtés de Louie Pwerle dans un rare voyage hors du désert.

En 1996, Utopia : The Summer Project réunit à la Art Gallery of New South Wales une sélection majeure de sa production. La même année, alors qu'elle est mourante, la décision est prise de l'envoyer représenter l'Australie à la Biennale de Venise 1997 — elle sera la première femme artiste aborigène à occuper cette position, à titre posthume. Son pavillon australien, intitulé Fluent, présente ses œuvres aux côtés de celles de Yvonne Koolmatrie et Judy Watson.

rétrospective Emily Kame Kngwarreye Tate Modern Londres 2025 art aborigène

Vue d'installation de la rétrospective Emily Kam Kngwarray à la Tate Modern, Londres, 2025 — la plus grande exposition jamais consacrée à un artiste australien en Europe. Organisée en collaboration avec la National Gallery of Australia, l'exposition confirme la place d'Emily Kame Kngwarreye dans le canon de l'art contemporain mondial.

La Tate Modern 2025 : consécration européenne

Du 10 juillet 2025 au 11 janvier 2026, la Tate Modern de Londres a présenté Emily Kam Kngwarray — la première grande exposition solo de l'artiste en Europe et la plus grande exposition jamais consacrée à un artiste australien dans une institution internationale. Organisée en collaboration avec la National Gallery of Australia, l'exposition rassemble des œuvres couvrant l'ensemble de sa carrière de peintre, des premiers batiks aux toiles de la série finale.

Cette rétrospective marque un tournant dans la reconnaissance européenne de l'art aborigène. Elle confirme ce que les spécialistes affirment depuis des décennies : Emily Kame Kngwarreye n'est pas une artiste "tribale" ou "ethnographique". Elle est l'une des grandes figures de l'art du vingtième siècle, au même titre que les artistes auxquels on la compare — Monet pour la lumière et la couleur, Rothko pour l'émotion pure des aplats, Pollock pour la gestualité. La différence est qu'elle a commencé à 78 ans et que son œuvre s'ancre dans un système de connaissance vieux de cinquante millénaires.

Parmi les œuvres présentées à la Tate Modern figure Winter Abstraction (1993), appartenant à la Collection Bérengère Primat, conservée à la Fondation Opale en Suisse — la seule fondation d'art contemporain dédiée à la promotion de l'art aborigène australien en Europe.

Les grandes expositions et rétrospectives

  • 1997 : Biennale de Venise, Pavillon australien, à titre posthume

  • 2000 : Sotheby's Winter Auction — huit toiles vendues 507 550 dollars australiens

  • 2007 : National Museum of Australia — "Utopia: The Genius of Emily Kame Kngwarreye", commissariat Margo Neale

  • 2008 : National Museum of Art Osaka et National Art Center Tokyo — l'exposition brise le record d'Andy Warhol au Japon de 40 000 visiteurs supplémentaires

  • 2019 : Galerie Gagosian New York — première exposition d'art aborigène chez Gagosian

  • 2021 : Pace Gallery Londres — "Emily Kam Kngwarray: Alhalker"

  • 2023 : Exposition "Emily: Desert Painter" chez Gagosian Paris — premier contact de l'artiste avec le marché parisien de haut niveau

  • 2023-2024 : National Gallery of Australia — grande rétrospective commissariée par Kelli Cole et Hetti Perkins

  • 2025 : Tate Modern Londres — première rétrospective européenne majeure

6. Le marché : records, cotes et dynamiques d'investissement

Des records qui racontent une histoire

Le marché des œuvres d'Emily Kame Kngwarreye est l'un des plus actifs et des plus solides de l'art australien. Son œuvre phare, Earth's Creation I (1994), a établi successivement deux records historiques. En mai 2007, lors d'une vente Lawson-Menzies à Sydney, elle est adjugée 1 056 000 dollars australiens — record pour une artiste australienne à l'époque et record pour l'art aborigène. En 2017, la même toile est vendue 2,1 millions de dollars australiens chez Cooee Art Gallery à Sydney — à nouveau le prix le plus élevé jamais payé pour une artiste autochtone australienne aux enchères. En 2015, Earth's Creation I avait été sélectionnée par Okwui Enwezor pour la 56e Biennale de Venise.

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Performance du marché des œuvres d'Emily Kame Kngwarreye aux enchères australiennes 2019-2024. Le taux d'écoulement moyen dépasse 80%, avec un pic à 91% en 2022. La rétrospective Tate Modern 2025 est attendue comme un catalyseur de demande internationale.

Performance aux enchères 2019-2024

Les données de marché sont éloquentes sur la solidité de la cote :

  • 2019 : 27 œuvres proposées, 75% vendues, 1,99 million de dollars australiens de total

  • 2020 : 48 œuvres, 84% vendues, 3,03 millions de dollars australiens

  • 2021 : 31 œuvres, 70% vendues, 1,86 million de dollars australiens

  • 2022 : 42 œuvres, 91% vendues, 5,74 millions de dollars australiens — pic post-crise

  • 2023 : 48 œuvres, 80% vendues, 3,67 millions de dollars australiens

  • 2024 : 23 œuvres, 78% vendues, 1,82 million de dollars australiens

Le nombre d'œuvres proposées diminue — en partie parce que les institutions et les collections privées long-terme conservent leurs pièces — mais la valeur individuelle des œuvres, notamment celles des séries clés, continue d'augmenter. La rétrospective Tate Modern 2025 est attendue comme un catalyseur d'intérêt international, à l'image de l'effet produit par la tournée japonaise de 2008.

Les périodes les plus recherchées

Pour les collectionneurs qui souhaitent comprendre la structure de valeur de l'œuvre, la hiérarchie stylistique est relativement stable sur le marché :

La période des grands motifs colorés (1992-1994) produit les résultats les plus élevés, en raison de la densité visuelle et du lien fort avec les motifs botaniques sacrés. La série finale (1995-1996) attire une demande croissante — les dernières œuvres sont perçues comme l'aboutissement d'une maturation artistique extraordinaire. Les toiles de la période des points (1989-1991) restent très demandées pour leur proximité directe avec la pratique cérémonielle de l'Awelye. La taille de la toile est un facteur déterminant : les grandes œuvres (au-delà de deux mètres) atteignent systématiquement des résultats supérieurs.

Pour les collectionneurs qui souhaitent inscrire l'art d'Utopia dans une stratégie patrimoniale globale, notre guide l'art aborigène comme investissement patrimonial donne les éléments d'analyse nécessaires →

7. La famille, la lignée, les héritières

Un réseau familial de peintres

Emily Kame Kngwarreye n'est pas une figure isolée dans l'univers d'Utopia. Elle est le centre d'un réseau familial qui a produit plusieurs artistes majeurs. Sa nièce Kathleen Petyarre — elle-même grande figure de l'art d'Utopia, connue pour ses peintures du Thorny Devil et première artiste aborigène à remporter le Wynne Prize en 1999 — a initié Abie Loy Kemarre à l'Awelye. Sa belle-sœur était Minnie Pwerle, mère de Barbara Weir que Kngwarreye a en partie élevée. Son frère Kudditji Kngwarreye (1928-2017) a développé un style moderniste unique avec de larges aplats de couleurs évoquant une vision aérienne du désert.

Cette dimension familiale est importante pour comprendre la culture artistique d'Utopia : les savoirs se transmettent en réseau, pas en ligne hiérarchique. L'Awelye est une pratique collective. Le Dreaming d'Alhalkere est une responsabilité partagée. Emily Kame Kngwarreye était peut-être la plus douée de ce réseau, mais elle n'était pas seule.

Le nom de l'artiste : une question d'orthographe

Un point pratique pour les collectionneurs et les chercheurs : depuis 2023, la National Gallery of Australia a adopté une nouvelle orthographe du nom de l'artiste, basée sur l'orthographe Anmatyerre actualisée — Emily Kam Kngwarray, plutôt qu'Emily Kame Kngwarreye. Cette décision, prise en consultation avec la famille et les anciens de la communauté, a divisé le monde de l'art. Les deux orthographes coexistent dans les catalogues, les bases de données et les articles spécialisés. Les archives historiques utilisent généralement l'ancienne graphie. Dans cet article, nous utilisons Emily Kame Kngwarreye — la graphie la plus répandue dans les sources françaises et dans le marché européen.

8. Authentifier et acquérir une œuvre d'Emily Kame Kngwarreye

Une œuvre rare, un marché vigilant

Les œuvres d'Emily Kame Kngwarreye sont aujourd'hui essentiellement conservées dans des institutions muséales ou des collections privées de long terme. Leur présence sur le marché primaire est impossible — l'artiste est décédée en 1996 — et leur présence sur le marché secondaire est de plus en plus rare. Quand une toile apparaît aux enchères, elle fait l'objet d'une attention internationale.

L'authenticité est le premier enjeu. La demande rapide et massive pour l'art d'Utopia dans les années 1990 a malheureusement engendré des pratiques frauduleuses : des œuvres mal attribuées, des provenance douteuses, des certificats insuffisants. Pour une toile d'Emily Kame Kngwarreye, les garanties minimales sont : un certificat d'authenticité émis par la galerie ou l'art centre d'origine (Delmore Gallery, Dacou Gallery, Rodney Gooch/Mulga Bore Artists, CAAMA), une provenance documentée et continue, une expertise d'un spécialiste reconnu.

Pour comprendre les critères d'une acquisition sécurisée, notre guide pratique comment acheter de l'art aborigène en ligne en toute sécurité détaille les points de vigilance →

Ce que vous pouvez acquérir aujourd'hui

Les œuvres majeures d'Emily Kame Kngwarreye dépassent désormais largement les budgets d'une première acquisition pour la plupart des collectionneurs. Mais la tradition artistique qu'elle a incarnée est vivante. Les artistes de sa famille — Abie Loy Kemarre, dont les peintures de body paint Awelye s'inscrivent directement dans la continuité de son œuvre, ou les peintres contemporains d'Utopia qui perpétuent les mêmes Rêves sur les mêmes territoires — offrent une entrée dans cet univers avec une documentation irréprochable et des cotes en progression constante.

Emily Kame Kngwarreye et la collection Inma Galerie

Inma Galerie est une galerie en ligne française spécialisée exclusivement en art aborigène australien authentique. Les œuvres d'Emily Kame Kngwarreye, désormais dans les musées et les grandes collections privées internationales, n'apparaissent que très rarement sur le marché. Elles se négocient à des niveaux qui dépassent le cadre d'un premier collectionnisme.

Ce que nous proposons, c'est l'univers artistique dont elle est la figure centrale : l'art d'Utopia, dans ses expressions les plus rigoureuses et les mieux documentées. Des artistes de sa lignée directe — Abie Loy Kemarre, Kathleen Petyarre — ou des peintres contemporains qui peignent le même pays ancestral, avec le même vocabulaire visuel, la même rigueur cérémonielle et la même beauté formelle. Chaque œuvre proposée est accompagnée d'une documentation complète et d'une garantie d'authenticité à vie.

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Conclusion : une artiste, un pays, une révolution

Emily Kame Kngwarreye a commencé à peindre à un âge où la plupart des artistes ont depuis longtemps terminé leur carrière. En huit ans, elle a produit une œuvre qui a changé la façon dont le monde regarde l'art aborigène — et peut-être la façon dont il regarde l'art tout court.

Son parcours est une leçon d'humilité pour l'histoire de l'art occidentale : le chef-d'œuvre n'a pas d'âge, la modernité n'est pas une invention européenne, et une vieille femme du désert australien, assise par terre avec un pinceau dans les mains, peut peindre quelque chose qui n'a d'équivalent nulle part.

La Tate Modern lui a rendu hommage en 2025. Le monde de l'art lui a emboîté le pas. Et dans les déserts du Territoire du Nord, d'autres femmes Anmatyerre continuent de peindre le même pays ancestral, de maintenir les mêmes Rêves vivants, de transmettre la même connaissance d'une génération à l'autre.

C'est pour cette continuité qu'Inma Galerie existe.

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